Les contraintes cycloniques conduisent fréquemment la collectivité à réaliser des travaux de protection des berges de cours d’eau et ravines, afin de garantir la sécurité des biens et des personnes. Dans la majorité des cas, ces protections sont constituées par des enrochements bruts ou bétonnés. Si ces techniques de génie civil sont bien maîtrisées et parfois indispensables, elles ont cependant un impact fortement négatif sur le bon fonctionnement des écosystèmes riverains (accueil de la biodiversité, fonctions de corridor, de dépollution…).

Exemple d’utilisation du génie civil sur les berges de la rivière Beaugendre en Guadeloupe. © André Evette.
Par rapport au génie civil, le génie végétal représente une alternative plus douce et plus respectueuse sur le plan environnemental et paysager, mais aussi généralement moins coûteuse. Il a fait ses preuves, même sur des rivières dynamiques ayant jusqu’à 10 % de pente (projet Géni’Alp dans les Alpes). En Europe, la pratique historique du génie végétal a permis une très bonne connaissance des modèles naturels à copier, et par conséquent des espèces à utiliser. Ce n’est pas le cas dans les Antilles, où les cortèges floristiques des corridors rivulaires avaient encore peu été étudiés, et où l’on fait encore peu appel aux espèces locales dans les travaux de protection des berges de cours d’eau, même si des expériences prometteuses existent.
Le Parc National de Guadeloupe a fait appel à INRAE Grenoble pour évaluer les opportunités d’utiliser le génie végétal sur les berges des rivières de Guadeloupe, un rapport a ainsi fait un point sur cette problématique.
Le Parc National de Guadeloupe en partenariat avec l’Université des Antilles, INRAE Guadeloupe, INRAE Grenoble, et avec l’appui financier de l’Office de l’Eau de Guadeloupe, de la Direction de l’Environnement, de la Région Guadeloupe, de l’Office Français de la Biodiversité et de l’Union Européenne, développe le projet PROTEGER pour la Promotion et le Développement du Génie-Végétal sur les rivières de Guadeloupe.
Ce projet se décline en quatre phases.
La phase 1 : étude des ripisylves de Guadeloupe et définition des espèces locales à utiliser en génie végétal
Le génie végétal étant une solution basée sur la nature, dans sa réalisation, on s’attache à imiter les modèles naturels efficaces pour lutter contre l’érosion. L’absence de connaissance de ces modèles en Guadeloupe a conduit le Parc National de Guadeloupe à lancer cette première phase en 2016. Il s’est ainsi agit de mettre en place une typologie des ripisylves de Guadeloupe et d’en extraire les espèces locales les plus adaptées au maintien des berges de cours d’eau. Une trentaine d’espèces ont ainsi été sélectionnées. Un très gros travail de terrain a ainsi été réalisé dans cet objectif par l’ONF, BRGM et un bureau d’étude ; cette phase 1 s’est terminée en 2018 (pour en savoir plus sur la phase 1 et la typologie des ripisylves ou les espèces utilisables en génie végétal).

Le même cours d’eau, le Beaugendre, bien en amont de la photo précédente. © André Evette.
La phase 2 du projet
Pour cette seconde phase, on s’est assuré que les plantes présélectionnées en 2016 possédaient les propriétés requises pour être utilisées en génie végétal. Pour cela, ces espèces ont été mises en culture sous forme de semences, plants ou boutures afin de connaître leurs modalités techniques d’utilisation dans les ouvrages. Ce travail a permis également de connaître et maîtriser les capacités de reproduction de ces espèces et donner les éléments techniques nécessaires à leur culture ultérieure en pépinière. Les résultats sont disponibles sur le site web du projet Protéger.
En parallèle, des chantiers pilotes ont été menés en partenariat avec la Région Guadeloupe notamment sur la rivière Lézarde. Ils ont permis de tester en conditions réelles les espèces et techniques choisies et de sensibiliser les professionnels et le grand public aux techniques de protection des berges utilisant des végétaux.
D’autres pays des Antilles et d’Amérique latine se sont déjà intéressés au génie végétal. Un travail autour des retours d’expérience de ces différents ouvrages consistera à caractériser l’ensemble des techniques existantes en milieu tropical et leur tenue dans le temps en lien avec les caractéristiques du milieu et les contraintes érosives. Un suivi des ouvrages des chantiers pilotes sur la durée complètera ce travail.
Les phases 3 et 4 du projet
La phase 3 en cours vise à diffuser les connaissances acquises lors des phases 1 et 2 pour former les acteurs guadeloupéens (entreprises, collectivités, etc.) à l’utilisation des techniques de génie végétal dans les rivières de Guadeloupe. Trois chantiers écoles ont ainsi vu le jour en 2022, 2023 et 2024 sur les communes de Petit Bourg, Gourbeyre et Morne à l’Eau. Le but est aussi de développer une filière socio-économique locale de production des végétaux pour la mise en place des techniques de génie écologique.
La phase 4 permettra de partager et diffuser les informations et connaissances développées au cours des premières phases à l’échelle de la Caraïbe. Un guide méthodologique de génie végétal applicable dans les Antilles dans le cadre des travaux et de l’entretien de cours d’eau sera réalisé.
La mise en place d’un site internet trilingue (français, anglais, espagnol) dédié à ce projet permet de communiquer sur les avancées du projet. Il comporte notamment les fiches espèces évoquées ci-dessus et de la bibliographie technique et scientifique en lien avec le projet et sera prochainement enrichi avec des retours d’expériences sur les espèces et les techniques.
Pour aller plus loin
Evette, A. (2015). Projet de promotion et développement du génie-végétal en Guadeloupe, Irstea: 64.
Mira, E. (2023). Suivi de l’ouvrage de génie végétal, rivière Lézarde, Guadeloupe. Rapport technique. Guadeloupe, Phytech Antilles: 53.
Mira, E., H. Cochard, A. Evette and M. Dulormne (2023). « Growth, Xylem Vulnerability to Cavitation and Leaf Cell Response to Dehydration in Tree Seedlings of the Caribbean Dry Forest. » Forests 14(4): 697.
Mira, E., M. Dulormne and A. Evette (2023). Etude bibliographique : Les techniques de génie végétal applicables en milieu tropical, PTMC, INGETEC: 18.
Mira, E., A. Evette, L. Labbouz, M. Robert, A. Rousteau and R. Tournebize (2021). « Investigation of the asexual reproductive characteristics of native species for soil bioengineering in the West Indies. » Journal of Tropical Forest Science 33(3): 333-342.
Mira, E., A. Evette, R. Tournebize, L. Labbouz, M. Robert and A. Rousteau (2021). « Quelles espèces utiliser pour le génie végétal aux Antilles ? » Science Eaux & Territoires,(article hors-série): 9.
Mira, E., A. Rousteau, R. Tournebize, L. Labbouz, M. Robert and A. Evette (2022). « The Conservation and Restoration of Riparian Forests along Caribbean Riverbanks Using Legume Trees. » Sustainability 14(7): 3709.
Mira, E., A. Rousteau, R. Tournebize, M. Robert and A. Evette (2022). « Evaluating the suitability of neotropical trees and shrubs for soil and water bioengineering: Survival and growth of cuttings from ten Caribbean species. » Ecological Engineering 185: 106808.
Mira, E., A. Rousteau, R. Tournebize, M. Robert and A. Evette (2023). « Herbaceous angiosperms, pteridophytes and shrubs cocktail for rapid ground cover for soil and water bioengineering in the Caribbean. » Ecological Engineering 196: 107106.
Robert, M., A. Evette, M. Gayot, L. Procopio, J. Bernus, A. Rousteau, D. Imbert and L. Labbouz (2022). « Typologie des ripisylves des rivières de Guadeloupe, un premier pas vers le développement de techniques de génie végétal avec des espèces locales.«